dimanche

« ANIMAL »,
ON EST MAL.
C’est le bilan, paradoxal, de l’artiste,
qui fait de la noirceur du monde un
révélateur de sa Beauté possible. Perdue,
peut-être, mais ce qui est perdu, par
définition, peut encore être retrouvé.

Guillo entame donc son « De profundis clamavi », à son tour, quelques millénaires après la Bible et cent-cinquante ans après la dernière édition autorisée des « Fleurs du Mal », un an après la mort de leur auteur. On dit souvent que du chant d’espérance religieux, Baudelaire a fait un chant de désespoir. À quelques exceptions près, ce pourrait être le credo du chanteur des Landes, qui ouvre son « Macadam Animal » - 3ème opus – par un imparfait, « Nous aimions la Terre », mode majeur d’un disque sombre et étrangement fataliste, quand on connaît la nature du bonhomme. Un réquisitoire sans faille, « un pieu en plein coeur » contre l’espèce humaine, la seule qui se soit jamais auto-détruite. Il y a ce constat, qu’il aborde dans un genre musical différent, avec une voix souvent codée, derrière, voire dénaturée – comme dans « Tout baigne », antiphrase assumée et bashungienne dans ses finales traînantes et ses allitérations : « des habits sales s’amoncellent sur le sol ». Pour en finir avec cette image de gros dur à la voix douce ou pour souligner un mixage différent des deux premiers album, avec des cordes quasi-symphoniques et des emprunts à l’électro ? « Le chant du cygne », « Le paradis perdu », « la noirceur », les occurrences sont nombreuses qui disent que l’homme a dépassé l’esthétique rapport proustien de la première chanson, quand il regarde les maisons blanches « s’éloigner », « s’estomper jusqu’à disparaître ». Pas celle de son enfance, « au parfum des jours de fêtes », bel et bien vendue*. La basse est ronde et les violons équilibrés ; pas de pathos, juste ce procès, entêtant, et anachronique : le monde se revêt lui-même de son linceul (rapport capillotracté avec « la neige », dont on se demande – un coup de griffe pour trois caresses – si elle n’est pas un peu étrangère à cet album-là ?) et le Mal commence tôt. Dans la notion de Progrès, qu’il répète (trois fois) sans rien ajouter, comme pour en démontrer l’absurdité. Celui-ci n’est valable que s’il est partagé par tous et Guillo va chercher les Indiens de son enfance pour un manifeste de la Terre et le refus de son appropriation, « sans fusils, sans or, sans trains ». Voilà l’Histoire des hommes telle qu’elle s’est écrite, contre certains d’entre eux, ces « indigènes » oubliés qu’il ramène ici, dans son immense naïveté – au sens rimbaldien. Ces oubliés qui se réfugieront, des siècles après, dans la violence et le fanatisme, iront tuer d’autres hommes au nom de Dieux auxquels eux-mêmes, s’ils avaient écouté leur coeur, n’auraient pas cru. Aborder les attentats de Paris sous l’angle de celui qui les a commis est un acte d’humanité – « Ô mon petit frère », Cantat & Cohen, Albert, mêlés - et d’amour, une notion que Guillo défend malgré tout, malgré des conditionnels passés (« Des regrets à la pelle ») auxquels il ne nous avait pas habitué : dans l’héritage de sa grand-mère, ses racines nord-africaines, celui, aussi, de la femme qu’il aime plus que celle qu’il aime, à qui il le dit, qui plus est : « Elle est un peu comme toi, en plus jeune ». Goujat, Guillo ? Il faut quelques secondes pour comprendre que, de Nikita à Cendrillon, c’est de leur lien commun, « la somme », qu’il s’agit, celle pour qui il se battra, avec ses armes, l’amour et la Beauté. Tout sublimer, c’est le sens que je donne au finale de l’album, apocalyptique « Bruit des Balles ». C’est le bilan, paradoxal, de l’artiste, qui fait de la noirceur du monde un révélateur de sa Beauté possible. Perdue, peut-être, mais ce qui est perdu, par définition – proustienne, toujours – peut encore être retrouvé. L’espèce de loup-Minotaure qui symbolise, dans le visuel de l’album, l’humanité égarée, l’état de Nature – les peintures rupestres du Pont d’Arc - à la recherche de son essence perdue, manque de renoncer, de jeter la pierre philosophale (« mémoire de caillou ») à la mer. Avant qu’on le convainque, in extremis, de reprendre le combat, la guitare en bandoulière : liquide est la vie, mais jamais linéaire : Guillo sait ça depuis long fleuve.

Musicalement, la force de « Macadam Animal » est d’avoir renouvelé l’identité de l’artiste : une voix moins en avant, moins douce, des ingrédients qu’on retrouve des albums précédents (le banjo, un certain type de percussions) adaptés à la tonalité de l’album. Là encore, l’artiste revendique son côté archaïque : qui s’intéresse encore à un album entier, aujourd’hui, à l’heure des playlists numériques ? « Macadam » est un animal aristotélicien, doué de raison, et il peut encore la faire entendre aux égarés : il suffit d’entendre le spectre musical monter au fur et à mesure que les titres s’enchaînent pour être pris. La force de cet album, j’en suis sûr, c’est d’être moins abordable que les autres : c’est pour ça qu’il durera plus longtemps. LC

* un titre qui fait écho à la chance d’avoir vu la sienne rachetée par sa propre soeur.

samedi
COMMANDE L'ALBUM en avant-première sur HelloAsso
Enregistre l'album dans tes sauvegardes SPOTIFY et reçois un inédit en CADEAU !

mercredi
"Guillo impose le choix d'une pop
légère et francophone aux textes délicats".


"Des textes sur le fil des émotions (...)
Guillo est un artisan précieux".


"La nouvelle scène, inspirée et décomplexée".
.

De novembre à Mars, suivez sur Facebook
la sortie du nouvel album