samedi




La Tanière du Goupil présente

Macadam Animal
le nouvel album de Guillo
(Par Fox Kijango)


Plus électro, moins sage peut-être mais toujours très bien écrit, voici un album réussi, différent des précédents par l’apport de nouvelles textures bien maitrisées, par l’audace du traitement de certaines voix et surtout par un propos plus mature, plus conscient, plus réel, pour ce chanteur au regard si doux, ici en colère, parfois, là en amour, toujours. Le propos est un peu désabusé mais fondamentalement humaniste. Macadam Animal est un pur album de chanson, dans le sens le plus noble du terme. Du sens et du rythme, du fond et de la forme, Guillo comme libéré, chante ses colères et ses amours avec sincérité et passion. On sent parfois la rage sourde sous le discours, on trouve aussi des pépites d’amour et des fulgurances poétiques, où le double sens est roi.

01 Nous aimions la terre : Dans la veine verte de notre temps, Guillo continue de creuser le sillon de son attachement à la terre, à la nature pure. C'est aussi et surtout une chanson sur la douleur du déracinement.

02 Tout baigneDes voix légèrement décalées pour un sentiment diffus de fin de fête, et un titre aux faux-airs d'Alain Bashung. On se noie avec plaisir dans ce blues, même si le propos est rude.
03 Vendu : Jonnhy Cash est convoqué dans cette ode au sweet home, on retrouve ce goût de chanter le quotidien, la vie simple des gens que Guillo aime tant. Ici on vend la maison de l’enfance et tous ses souvenirs. "On est de son enfance comme on est d'un pays" écrivait Saint-Exupéry. 
04 La neige : Une ambiance électro vient percuter ce texte visiblement hérité d'un grand-père paternel, écrit en Algérie en 1956. Le louvoiement entre deux univers sonores, peu définis, floute un peu le propos mais la voix est belle et les images singulières.
05 Une autre fille : Une belle déclaration d’amour qui chaloupe, avec encore une fois un angle particulier. Un père chante sa passion pour sa fille, pour ces moments tendres et simples. Un petit goût de Lemon, cher au grand Serge.
06 Ton coeur : Guillo pratique comme personne le double sens, l’image poétique. Doux comme une berceuse au début avant que des guitares saturées ne viennent mordre un peu l’arrière du son, des bruitages électrisent l’ensemble, très tendre pourtant.
07 Sans fusils, sans or, sans trains : Un thème récurrent chez Guillo, la préservation des traditions millénaires, illustrée ici par la disparition des civilisations indiennes d’Amérique. Une fresque enlevée, avec ce qu’il faut de lyrisme, portée par les tambours de guerre. Guillo donne voix aux guerriers vaincus par le progrès pétrolier. Un des titres les plus réussis de Macadam Animal.
08 Algania : Un Oud têtu porte ce titre qui sent le sable nord-africain, encore une fois les colons destructeurs sont ciblés. Guillo ne sera jamais un conquistador, c’est certain ! Du coté des faibles et des humbles, son humanité ici explose encore, citoyen du monde, définitivement.
09 Un caillou : Par l’angle d’un simple caillou, Guillo chante le monde, la mine, la guerre. Il nous amène en réflexion sur la force d’un simple minéral dans la main d’un enfant à Gaza. Un petit caillou devenu bijou de chanson.
10 Pont d’Arc : Guillo peut tout chanter, même un pont. Un morceau énigmatique aux couleurs saturées. Derrière l'apparence des premières images se cachent les origines de l'art pariétal, la nature brute et sauvage, 36 000 en arrière. L'artiste fait voler les esprits dans les âges, sous la fumée âcre de feux de camp oubliés.
11 Laissez moi entrer : Décidément de plus en plus chamanique, le titre prend l’option de mixer plusieurs voix, pour un chant tribal moderne. Une nouvelle ode à l’humain, à la tolérance, à la fraternité.
12 Le bruit des balles : Guillo clôt ce bel album par le bruit des balles, jouant sur l’ambiguïté du mot. Des balles qui sifflent, une voix « mégaphonée » qui revendique, dénonce. Un titre astucieux, soigneusement scénarisé, pour un Guillo enfin débarrassé du joug de la chanson convenue. On sent le chanteur libéré, tendrement désabusé mais encore amoureux des humains et de la terre. 


Guillo chante le normal, le quotidien, la vie de gens qui sont autour de nous, et même, pourquoi le nier, des personnages et des situations ou nous-mêmes sommes en jeu, presque à chaque chanson. Un artiste à (re)découvrir d’urgence en ces temps troublés ou les mots liberté, égalité et fraternité sont tant galvaudés que leurs simples sens disparaissent dans la fumée des palettes cramées d’un monde qui s’en va.